« EST  MONTÉ  AUX  CIEUX,  images 2

       EST ASSIS  A  LA  DROITE  DE  DIEU, LE  PÈRE   TOUT-PUISSANT  »

 

Parler d'ascension au ciel ou de descente aux enfers, reflète, aux yeux  de notre génération éveillée  à la critique par Bultmann,cette image du monde à  trois étages que nous appelons mythique et que nous considérons comme définitivement périmée. Que ce soit en haut »ou « en bas », le monde est  partout et toujours monde ; il est  régi par  les mêmes lois physiques, il peut  être  exploré partout  par  les  mêmes méthodes, fondamentalement.  Il n'y a pas d'etages; les concepts de « haut » et de « bas >> sont relatifs, dépendan­ts de la  position de  l'observateur. Et même, comme il n'existe pas de point de  repère absolu (et que la terre assurément n'en est un), on ne saurait plus, au fond, parler de « haut >> et de « bas >> de « gauche >> et de << droite; le cosmos ne nous  donne plus de directions fixes.  Personne ne voudra plus  aujourd'hui  contester sérieusement ces données. La conception d'un monde à trois étages,au sens local a disparu. Mais est-ce bien  cette conception que  voulait affirmer les articles  de   foi sur la descente aux enfers et l'ascension du Seigneur? Elle a certainement fourni les images par lesquelles la foi s'est représenté ces mystères, mais  il est  tout   aussi certain qu'elle ne constituait pas l'essentiel de la réalité affirmée. Les articles expriment bien plutôt, en liaison avec la  confession du Jésus historique, la dimension totale de l'existenc humaine,qui comprend non pas trois étages  cosmiques,mais trois dimensions métaphysiques. Aussi est-il logique, à l'inverse, que la position, se prenant pour l'instant comme  moderne, écarte non seulement l'ascension et la descente aux enfers, mais également le Jésus historique­ c'est-à-dire toutes les trois dimensions de l 'existence humaine,ce qui reste  ne  peut plus être  qu'un fantôme diversement affublé, lequel il n'est pas étonnant que personne ne veuille plus sérieuse­ faire  fond.

 

L'ascension du Christ  évoque l'autre  pôle  de  l'existence humaine  qui s'étend  infiniment  au-delà  d'elle-même  vers en haut et vers en bas. En tant que pôle opposé de l'isolement radical et de l'intangibilité de l'amour qui se refuse,cette  existence  porte en elle la possibilité du contact  avec tous les autres  hommes,  dans le contact  avec l'amour  divin, si bien que l'existence humaine peut trouver   en  quelque   sorte  son  lieu  géométrique  dans  l'intimité même de Dieu. Il est vrai que les deux possibilités de l'homme, qui apparaissent ainsi dans les mots ciel et enfer, sont  de nature  tout à fait différente, elles sont  possibilités de l'homme  en un sens très différent. L'abîme que nous appelons enfer, seul l'homme peut se le donner à lui-même. Il faut même dire encore plus nettement: il consiste formellement  en ce que l'homme refuse absolument  de recevoir et veut être  totalement  autonome; il est l'expression  du repli  total  sur  soi-même.  Il  consiste  essentiellement en ce que l'homme refuse de recevoir, d'accueillir, et veut au contraire ne s'appuyer que sur lui-même, se suffire à lui-même. Si cette attitude est  poussée  à l'extrême, alors  l'homme est devenu  l'intouchable, l'isolé,  le rejeté. L'enfer,  c'est  vouloir être uniquement  soi-même; c'est ce qui  advient  lorsque  l'homme s'enferme  en  lui-même.  Il est, par contre,  de l'essence de cet <<  en haut » que nous appelons ciel, de ne pouvoir être que reçu, accueilli, alors que l'enfer,  on ne peut que se le donner à soi-même. Le ciel est essentiellement ce qui n'est pas  et  ne  peut  pas  être  notre propre œuvre. Dans le langage de la scolastique on disait que,  en tant que grâce, il était  un« donum indebitum et  superadditum naturœ  »  (un  don   indû, surajouté à  la nature). Le  ciel, en tant qu'amour  comblé, ne  peut   jamais être qu'offert à l'homme; l'enfer, par  contre, est la solitude de celui qui refuse  d'accepter cela,  qui  refuse  l'état de mendiant et qui  se replie sur  lui-même. C'est à  partir de  là  seulement que  l'on peut montrer ce  que le chrétien entend vraiment par« ciel». Il ne s'agit pas d'un lieu éternel, supra-terrestre, ni simplement d'un domaine éternel méta­physique. Il faut plutôt dire que les réalités « ciel » et « ascension du Seigneur» sont  inséparablement liées; c'est à partir de ce rapport seulement que le sens christologique, personnel, historique du message chrétien au  sujet du ciel  devient clair. Autrement dit : le ciel n'est pas un lieu qui aurait été fermé avant l'ascension du Christ par un décret  positif de  Dieu, pour être ouvert ensuite par un décret également positif. La  réalité « ciel » ne devient au  contraire effective que dans la  rencontre intime de  Dieu  et  de  l'homme. Le ciel est  à définir comme le contact de l'être de l'homme avec l'être de  Dieu; cette rencontre intime de Dieu et de l'homme a été  défi­nitivement réalisée dans le  Christ, lorsque, à  travers la  mort, il a passé  au-delà du bios, à la vie  nouvelle. Le  ciel  est  ainsi   l'avenir de l'homme, et  de l'humanité, que  celle-ci  ne peut se donner à elle­ même, qui  lui  demeure fermé aussi  longtemps qu'elle ne  compte que  sur  elle-même et  qui  a  été  ouvert pour la  première fois  et  de façon radicale dans l'homme dont  le  lieu  d'existence était  Dieu et par  qui  Dieu  est entré dans l'être de l'homme.

C'est pourquoi le ciel est toujours plus qu'un destin particulier et privé; il est nécessairement en rapport avec le « dernier Adam », avec l'homme définitif et  donc avec  l'avenir global de l'homme. Il me semble que cela pourrait éclairer plusieurs questions herméneutiques importantes; nous ne pouvons que les  évoquer brièvement ici. L'un des points les plus frappants du donné biblique, qui occupe et préoccupe l'exégèse et la théologie depuis environ un demi-siècle, est  ce que  l'on appelle l'eschatologie imminente : dans le message de Jésus  et des Apôtres il semble que la fin du monde soit annoncée comme imminente. L'on a même  l'impression que  le message de la fin  prochaine  constitue  le  noyau  essentiel de la  prédication de Jésus et de l'Église naissante. La figure de Jésus,sa mort et sa résurrection sont mises en rapport avec cette représentation d'une façon qui nous apparaît aussi étrange qu'incompréhensible. Il ne nous est pas possible, évidemment,  d'entrer dans le détail des nombreuses questions  qui sont touchées  par là. Mais nos dernières  réflexions ne nous ont-elles pas indiqué la voie où la réponse peut être cherchée ? Nous avons  décrit la résurrection  et l'ascension  comme  la rencontre  intime et définitive de l'être  de l'homme avec l'être de Dieu, qui ouvre à l'homme la possibilité d'une existence sans fin. Nous avons essayé de comprendre  les deux mystères comme la vic­toire de l'amour plus fort que la mort, ce qui représente la« muta­tion » décisive de l'homme et du cosmos, où les limites du bios ont été franchies et une nouvelle sphère  d'existence  créée. S'il en est vraiment ainsi, nous avons là le début de l'eschatologie, de la fin du monde. Du fait que la frontière de la mort a été franchie, la dimension d'avenir de l'humanité est ouverte, son avenir a déjà commencé en fait. Mais on voit aussi par là comment  l'espérance individuelle d'immortalité et la possibilité d'éternité pour l'huma­nité entière se compénètrent et se rejoignent dans le Christ, qui peut être appelé le« centre», et aussi, à condition de bien l'entendre, la « fin >> de l'histoire.

Il  reste encore un point à évoquer à propos de l'ascension du Seigneur. Cet article de foi qui, d'après ce que nous avons vu, est décisif pour comprendre l'au-delà de l'existence humaine,  n'est pas  moins  décisif pour  comprendre l'existence  d'ici-bas, c'est-à­ dire pour savoir comment l'ici-bas et l'au-delà peuvent se rejoindre, et donc  pour la question  de la possibilité et du sens de la relation de l'homme à Dieu. En examinant le premie article de foi, nous avions répondu  affirmativement  à la question  de savoir si l'infini peut entendre le fini, l'éternelle le temporel, et nous avions dit que la véritable grandeur de Dieu consistait  justement  en  ce que  pour lui l'infiniment petit n'est pas trop  petit, ni l'infiniment grand trop grand; nous avions essayé de comprendre que Dieu, en tant  que Logos, n'est pas  seulement la raison qui  exprime  tout dans sa parole,  mais encore celle qui perçoit  tout et dont rien n'est exclu parce que trop petit. Nous avions répond à la question angoissée de  notre  temps  : oui, Dieu peut entendre.  Mais une question demeure. Car si quelqu'un, à la suite de nos reflexions, en vient à dire : Soit, Dieu peut entendre;  ne lui reste-t-il pas toujours encore cette interrogation : mais peut-il aussi exaucer notre prière (hiiren/erhoren)  ? Ou bien la prière de demande, l'appel de la créature vers Dieu, n'est-elle en fin de compte  qu'un  pieux stratagème pour élever et réconforter psychologiquement l'homme, parce que celui-ci est rarement capable d'arriver aux formes supérieures de la prière? Est-ce  que le tout ne sert pas  simplement à mettre de quelque façon l'homme en mouvement vers la transcendance, alors qu'en  fait  rien  ne se produit et rien n'est changé;  car  ce qui  est éternel  est éternel  et ce qui est temporel  est temporel  - apparem­ment il n'y a pas de passage de l 'un à l'autre ? Cela non plus, nous ne pouvons le considérer  ici en détail, car il y faudrait  une analyse critique très poussée des concepts de temps et d'éternité. Il faudrait étudier l'origine de ces concepts dans la pensée antique, et la syn­thèse  de cette  pensée avec la foi  biblique,  synthèse dont l'imper­fection est à la racine de nos questions actuelles. Il faudrait  réfléchir à  nouveau sur le rapport   de  la pensée scientifique et technique avec la pensée croyante; ce sont là des tâches qui  débordent lar­gement le cadre de ce livre. Nous devrons donc ici encore nous contenter, au lieu de réponses  détaillées  et élaborées, d'indiquer la direction où il faudra  chercher  la  réponse.

La pensée actuelle est tributaire la plupart du temps de cette idée que l'éternité est pour ainsi dire enfermée dans son immutabi­lité.  Dieu apparaît comme le  prisonnier   de  son  dessein  formé « avant  tous  les temps ». «Etre » et « devenir  » ne se mélangent pas.  L'éternité  est  ainsi  comprise de  façon purement   négative comme  absence de temps;  elle est ce qui est autre  par  rapport  au temps, et qui ne saurait  exercer aucune  influence dans le temps, ne serait-ce que parce qu'elle cesserait alors d'être immuable et devien­drait   elle-même  temporelle.   Ces  idées  relèvent  au  fond d'une conception  pré-chrétienne,  où  n'est pas  pris  en considération le concept de Dieu tel qu'il  s'exprime dans la foi en la création et en l'incarnation. Elles supposent en fin de compte- nous ne pouvons développer  cela ici  - l'antique dualisme  et  dénotent une naïveté intellectuelle,  qui conçoit  Dieu à la manière  humaine.  Car, quand on pense que Dieu ne peut plus changer après coup ce qu'il a décidé «  avant » toute éternité, on imagine  inconsciemment l'éternité d'après le schéma du temps :en distinguant« avant» et« après». Or l'éternité  n'est  pas ce qu'il  y a de plus ancien, ce qui  était avant le temps,  mais  ce qui  est  tout  autre; elle est pour chaque moment  du temps qui passe l'aujourd'hui, elle est pour lui présent;elle n'est  pas enfermée entre un « avant » et un « après », elle est au contraire puissance du présent en tous les temps. L'éternité n'est pas à côté du temps, sans rapport avec lui, elle est la force créatrice qui porte  tous les temps, qui englobe le temps qui  passe  en  son unique  présent et lui permet d'être. Elle n'est  pas absence de temps, mais domination du temps (Zeitmiichtigkeit). Et parce qu'elle est l'aujourd'hui «contemporain» à  tous  les temps, elle  peut aussi agir dans le temps, à chaque  moment.

L'incarnation de  Dieu  en  Jésus-Christ, par  laquelle  le  Dieu éternel  et 1'homme  temporel  se  rejoignent  dans  une  unique  per­sonne, n'est pas autre  chose  que  la  réalisation  ultime  de la domi­nation   de  Dieu  sur  le  temps.   En  ce  point   précis  de  l'existence humaine  de Jésus,  Dieu a saisi le temps  et l'a  attiré  en Lui-même. La  domination du  temps  se tient  pour  ainsi  dire  corporellement devant  nous en Jésus-Christ. Celui-ci est réellement,  selon l'expres­sion  de  l'évangile de  Jean,  la  «  porte  » entre  Dieu  et  l'homme (Jn  JO, 9), le «médiateur» {1 Tm  2, 5) en  qui l'Éternel se trouve avoir un temps. En Jésus nous pouvons,  nous hommes temporels, trouver  un  interlocuteur temporel, notre  « contemporain »; et en lui  qui  partage  avec nous  la temporalité, nous touchons en même temps  l'Éternel, parce  qu'il  est  temps  avec  nous  et éternité   avec Dieu.

Hans  Urs  von  Balthasar a mis en lumière  avec beaucoup de pénétration, quoique dans un ordre  d'idées quelque peu différent,lasignification  spirituelle  de ces perspectives.  Il  rappelle  d'abord que  Jésus, durant son existence  terrestre, n'était pas au-dessus  du temps  et de l'espace,  mais vivait à plein de son temps  et dans  son temps : l'humanité de Jésus qui le situait  au milieu de ce temps, se manifeste  à chaque  ligne de l'évangile; nous la distinguons aujour­ d'hui   de façon  plus  nette  et  plus  vivante  à  bien  des égards  qu'à d'autres époques.  Mais cette « situation dans  le temps  » n'est  pas simplement  un cadre  culturel  historique qui  resterait  extérieur, et derrière  lequel se trouverait quelque  part et sans en être affectée la réalité supra-temporelle de son être véritable; elle est plutôt  un fait anthropologique, qui détermine profondément la forme d'être de l'homme. Jésus a du temps, il n'anticipe pas dans une impatience coupable la volonté  de son Père. « C'est  pourquoi le Fils qui a du temps  pour  Dieu  dans le  monde  est  le lieu  originel  dans  lequel Dieu a du  temps  pour  le monde.  Dieu  n'a  pas  de temps  pour  le monde, sinon dans le Fils, mais en lui il a tous les temps » Dieu n'est  pas prisonnier de son éternité;  en Jésus il a du temps pour nous, et de ce fait Jésus est réellement le « trône de la grâce »vers lequel nous  pouvons en tout  temps « avancer avec assurance » (He 4, 16).

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 "la foi chrétienne hier et aujourd'hui "

Cardinal Ratzinger          Benoît XVI 

 

Par jean - Publié dans : ANNEE LITURGIQUE
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Mercredi 16 mai 2012 3 16 /05 /Mai /2012 17:42

  auteur2523

 

Le père Albert  Marie  Besnard, dominicain, s'est révélé l'un des plus grands mystiques français du XX' siècle. Son introduction (de "prier Dieu avec les pasaumes" de St Augustin ) d'une quarantaine de pages constitue  à elle seule une véritable initiation  à  la vie d'oraison.

 

En voici un résumé : 

 

I.  L'originalité  de la  prière chrétienne   

 

QUI PEUT INTERPELLER DIEU? ...

 

 «  Nul,   jamais,  ne  l'a  invoqué sans en  avoir  lui-même  été  d 'abord appelé » (114,  5).

Mais  comment  le  Seigneur   a-t-il   fait   entendre  cet  appel  ? De deux façons :

 

- A l'intime du cœur,  comme  par  une  voix  intérieure dont on  ne  peut  douter   tant  elle  résonne  haut et clair  :  «  Dieu a un langage secret, chez beaucoup  il   s'adresse   au   cœur, et là c'est  une  puissante  rumeur dans le  grand silence  du  cœur quand il dit   d'une   voix puissante   :  C'est  moi qui suis ton salut  » (38,  20).

- Par  la  médiation  de  l'Eglise, en  la  personne  des  prédi­cateurs de la foi, qui sont la voix (et la voie) historique sans laquelle  nul  ne  connaît le Christ  :  « Tu  l'as entendu,  de  la bouche  du  prédicateur  venu  jusqu'à  toi  :  'Voici  maintenant le  temps  favorable, voici  maintenant  le  jour du  salut.' Tu  as cru,  tu  as  invoqué   Dieu  dans  tes  jours  :  Seigneur,  délivre mon âme» (114, 3).

 

 

LES   DEUX   SOURCES

 

Ces  deux  textes  ne  s'opposent pas, il  faudra  le  mettre  en pleine lumière, mais d'emblée ils font saillir les structures spirituelles du chrétien. Dieu présent  directement   à  l'âme, comme le Maître  intérieur  qui  n'a nul  besoin de la médiation des  mots  et  des  sons,  d'une   part, et de  l'autre,  le  Christ connu  dans  l'Eglise  par  la  prédication  de  l'Evangile  :  inté­riorité  immédiate  et  médiation  extérieure, toutes  deux  néces­saires, voilà  posées les  deux  sources conjointes et divines de la   prière  chrétienne,  qui  sont  d'abord  celles  de  la  foi.  On peut  dire  que  l'un  des  grands  problèmes  de  cette  prière  est celui de l'équilibre de cette conjonction. Toute spiritualité s'éloignera  de  la vraie  prière  chrétienne  dans la mesure même où elle ne sauvegardera pas cet équilibre  : soit par désaffection de la parole historique  de  Dieu  dans  le  Christ,  au profit  de  la  voix  intime  d'une  présence  intérieure  qu'il  sera alors  difficile  d'identifier   et  qui  risquera  de  ne  plus  être  le Dieu  vivant,  Père  de  Jésus-Christ;  soit  par  obturation   de  la source mystique, par le  refus de considérer comme  chrétienne cette prière  secrète qui  s'élance au-delà des paroles historiques de la Révélation,  bien qu'elle  soit  sans cesse éveillée et  recti­fiée par elles.


II.  La  prière, don  de  Dieu 

 

AVEC    QUELLES    PAROLES    IRONS-NOUS   AU   SEIGNEUR?

 

Parce que  Dieu est Dieu, c'est une prière parfaite qui est requise. Mais l'homme est homme,frivole et pécheur, la prière parfaite  lui est difficile  sinon impossible.

    Dès lors, « faudra-t-il  désespérer de  l'humanité  et  dire que tout homme sera   damné  dès   qu'une distraction se  sera  glissée  dans sa  prière   et  sera   venue   l'égarer  ? S'il nous fallait l'affirmer, mes frères, je ne vois guère quelle  espérance nous resterait... »

(ibid. ).

L'extraordinaire, c'est  qu'il reste  un recours, et  c'est... la prière même,  une  prière de  pauvre   cette  fois-ci, la prière  de celui  qui voudrait apprendre à prier (n'est-ce pas ce qu'ont de­mandé les disciples :  « Seigneur,apprends-nous à  prier   » ?)  :

« Puisqu'il y a une espérance vers Dieu, puisque grande est sa miséricorde,  disons-lui  : «  Fais venir la joie dans l'âme de ton serviteur,car vers toi,  Seigneur,  j'ai  élevé  mon  âme.  » Et  comment l'ai-je  élevée?  Comme je l'ai  pu,  autant  que  tu m'en  as donné  la  force, pour autant que j'ai pu la retenir dans sa dissipation » (suite  du  précédent).

Or Dieu a d'avance exaucé  cette prière-là. Décidément  il fallait qu'il  nous donnât  tout:non seulement l'appel à son amitié, mais encore le moyen de nourrir  cette amitié; non seulement le message de sa Parole, mais le courage   de ré­pondre dignement à sa Parole, et  finalement cette réponse elle-même! Seule,  en effet, l'Ecriture nous  offre les mots dont nous pouvons  être  sûrs  qu'ils sont   assez vrais  pour ne pas faire  injure à Dieu, et assez pauvres pour ne pas lui   dé­plaire.   

 

DIEU  S'EST LOUÉ LUI-MÊME          1.jpg

 

Le stratagème  est, au  fond,  très  simple,  mais  l'amour  seul pouvait  l'inventer et la  toute-puissance le réaliser :Dieu ré­pand en nous son Esprit, de sorte que;  puisque  c'est  son, Esprit, c'est lui-même  qui  se  loue  et  les louanges  sont  dignes de lui; mais parce que  son  Esprit  habite  en  nous,  c'est nous en  toute  vérité  qui  le  louons : «  De  son  Esprit  il a  rempli ses serviteurs,  afin que ceux-ci  puissent  le louer.  Puisque c'est son  Esprit  qui, dans  ses serviteurs, le loue, n'est-ce pas lui­ même qui chante ses propres  louanges? » (ibid.,  suite).

Mais  alors, de qui sont les paroles de nos prières ? De Dieu ou de  nous ? A la fois  de  Dieu  et  de  nous!  Il  n'y a de paradoxe que pour celui qui n'apprécie pas le réalisme ontologique de la grâce chrétienne. Paroles de Dieu, paroles humaines, elles méritent authentiquement cette double quali­fication.La charité  est le  creuset    se  rifie et   s'opère  la conversion  de  l'une  en  l'autre.  « En  Dieu  je louerai  mes  paroles.  Si  c'est  en   Dieu,  comment  sont-elles miennes?  Oui, c'est en  Dieu  et  elles sont  miennes. En  Dieu, parcequ'elles viennent de lui;  et  miennes parce que  je les ai vraiment  reçues. Lui me les a données  et  il a  voulu  qu'elles soient  miennes,  dans  la  mesure où j'aime celui  de  qui  elles viennent :de lui elles me viennent et elles sont devenues miennes » (55,  7).

 


D'ABORD   ÉCOUTER

 

Le  commencement de la prière, c'est donc d'écouter avec une attention soutenue la prière de l'Eglise et d'y pénétrer avec simplicité comme un enfant :  prie ce que tu entends, prie lorsque tu entends que cette voix soit  celle de  nous  tous  » (42,  4).                             '

Nous sommes, bien entendu,fort loin d'une invitation à un quelconque formalisme de  prière; il s'agit au contraire d'être éveillé, d'être prêt à saisir avec toute son  intelligence, la pa­role qui est proposée: sans quoi, comment la faire sienne ? l'intelligence spirituelle est, pour saint Augustin, une condition essentielle de la  prière. Il faut avoir la « science de son propre chant » (scienter cantare), et  demander à Dieu de nous purifier de telle sorte que notre chant soit celui   d'hommes intelligents et non une rengaine de perroquets « Nous donc qui, dans  l'Eglise, avons appris à chanter les divines paroles, nous devons aussi realiser    nous-mêmes  ce  qui   est  écrit   : bienheureux  le peuple  qui  a l'intelligence  de   sa jubilation. Disons donc, et avec intelligence chantons,et que notre chant soit une prière, et puisse notre prière être exaucée >> 

 

CRIE  AU-DEDANS !

 

    La prière est  née.  Doublement donnée par  Dieu : dans son élan, qui en fait   une   réponse à  l'appel  initial  de  Dieu;  dans son  contenu,qui est  déterminé par  l'Esprit Saint. Cette prière se présente très concrétisée: l'Ecriture la  contient,l'Eglise   la chante  et   l'écoute,  le  cœur   l'apprend  et la  redit  inlassable­ment. C'est la   prière  la   moins   solitaire  qui   soit,   la  mieux partagée,_ elle   exige   même   que   la  conscience de  la partager la rende enthousiaste  « Excitez en vous   l'amour,  frères, et   criez   devant  chacun  des   vôtres   et   dites-lui   :   Glorifiez avec   moi   le  Seigneur!... Si  vous  aimez  le  Corps  du  Christ, c'est-à-dire  l'unité de  l'Eglise, entraînez-les avec vous  pour qu'ils  en  jouissent aussi et  dites-leur  Magnifiez avec  moi le Seigneur » (33,  II; 6) .Toute la prière  chrétienne  se  trouve accomplie,  et   pour­tant  non!   A cette source  visible  et  universelle,  il faut con­joindre la  source  intime et personnelle.A la source ecclésiale,la  source   mystique. Si la prière est conversation avec Dieu, à quoi bon ces chants,ces  psaumes, ces mots,  puisque  aussi bien «  quand  Dieu  nous  entend,  ce n'est   pas   qu'il   ait   des oreilles,c'est que  sa  majesté le  rend présent à  tous  les  êtres. 

 

 

Ajoutons qu'une  analyse de  la  psychologie humaine selon saint Augustin  nous  montrerait   pourquoi   parole  et  silence, au sens où  nous les avons évoqués,ne se contrarient  pas. Les paroles  sont  sur  les  lèvres et  le  silence  dans  le  cœur,  et  il arrive à ce silence de  parler  et  à ces paroles  de  ne rien  dire. Il  faut  méconnaître la structure  de  l'homme,  par  profondeurs liées mais distinctes, pour  ne  pas voir  que  ces paroles et ce silence  peuvent  être  concomitants.  Le silence  dont  saint  Au­gustin  nous parle, demeure certes  quand  le  son  de  la  voix s'est  éteint  :  n'empêche  qu'il  est  dans  l'âme  le  fruit  de  la parole  reçue. Il  est le  silence qui  est  contenu  dans  les  mots et qui pénètre notre esprit quand la voix s'est tue, comme le glucose contenu  dans  les aliments  pénètre  notre  corps quand le repas s'est achevé.Il est la charge de silence où se conserve la signification  profonde  des mots.  Pour  imagée que soit son expression, cette  noétique  n'en reste pas moins très cohérente et très vraie.

 

 

 

LE   MYSTÈRE   MÊME  DE  JÉSUS

 

Etonnante  merveille,  pensera-t-on. En  réalité,  il ne  s'agit paslà de la conciliation miraculeuse et quasi inespérée de tendances  contraires  que  l'humanité   religieuse  ne  parvenait pas à harmoniser.  Il s'agit  d'un  mystère  autrement  original  : le  mystère  même  de  Jésus-Christ, Homme-Dieu.   L'économie de la prière chrétienne  se couletout  simplement  à l'intérieur de l'économie de l'Incarnation. L'Esprit Saint n'unifie prière ecclésiale et  prière  mystique, prière  collective et  prière  indi­ viduelle, prière  vocale  et  prière  silencieuse, que  parce  qu'il estl'Esprit  de  Jésus. Le secret de  la  prière  chrétienne,  c'est qu'elle est  partout  et  toujours  la  prière  du  Christ,  de  quel­ ques  lèvres  qu'elle   jaillisse et  en   quelque  situation  qu'elle s'élève. Voilà  ce  qui   la  fait  une  et  multiple,  exaucée  par avance et  toujours suppliante,  déjà dite  et  toujours à dire.

Hors  de  cette  prière  de  membres,  toute  prière  est   fausse et  menteuse. « Comme  le Christ  total  est  à  la  fois  Tête  et Corps, nous devonsdans tous les psaumes entendreles paroles de la  Tête  en  songeant  toujours  que  ce  sont  aussi cellesdu Corps... C'est  parce  que  nous parlons  en  lui  que  nous disons la  vérité.  Quand  nous  voudrons  parler  en  nous  et  de  notre fond,nous demeurerons dans le mensonge» (56, 1).

Il  y  a  même  plus grave  : la prière  qui  n'est  pas  faite  au nom du Christ  devient  une « anti-prière  »,  elle devient  blas­

phème et péché : «    La prière qui  ne passe pas par le Christ, non  seulement  ne  peut  effacer  le  péché,  mais  elle  devient elle-même  péché  »  (108,  9).



Par jean - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 12:36

 

 

Celui  qui   fait  l'unité   de  toutes  ces  prières,  c'est  toujours le Christ  : il est comme  la voix  d'un  fleuve  de  prières  qui  ne cesse sa  rumeur,  et  dont  les générations successives de  fidèles sont  les  vagues  d'un   moment.   «  Tu   as  crié  dans  les   jours de  ta  vie, et  ta  vie  est  passée;  un  autre  t'a  succédé  et  a  crié pendant   sa  vie  :  toi  ici,  un  autre   là,  un  troisième   ailleurs, c'est  ainsi  que  le  Corps  du  Christ   crie  durant   tout  le   jour, ses membres  disparaissant et  se  succédant   » (85,  5).

 

V. Comment   la  prière engage  la vie

 

QUE  TES  ACTES  SOIENT  D'ACCORD AVEC TA  VOIX!

 

Théologiquement, le  mot  décisif  (non   pas  encore  le  der­nier) de la prière  chrétienne est prononcé.  Il  faut  en dérouler les  implications, apprendre à vivre  cette   prière   puis   à  en faire  l'animation de  l'existence  quotidienne. Cest tout  l'effort de  saint   Augustin   pasteur   d'âmes   que   nous   retrouvons   ici. La  première   exigence  à  remplir,   c'est  que  notre   prière   soit vraie,  c'est-à-dire   vivifiée   par   un  authentique  sentiment  de Dieu,   sans  quoi   elle  n'est   plus  qu'un  son   inutile   et  creux.

« Hélas,  ils sont  nombreux   ceux  qui  prient   Dieu  sans  avoir le  sentiment  de  Dieu,   une  pensée  vraie  sur  Dieu!   Ils  peu­vent   proférer   le  son  d'une   prière,   mais  pas  la  voix  d'une  prière,   parce  qu'il   y  manque  la  vie.  Mais  pour  celui  qui  a une  vie  spirituelle,  qui  comprend  son  Dieu,  qui  sait  par  qui il a été libéré,  qui  sait  très  bien  de  quoi  il a été  libéré,  cette vie elle-même, c'est la voix de sa prière  » (139, 10)./

 

DIEU, SERVITEUR  DE NOS CONVOITISES?

 

   Le  sentiment  de   Dieu   d'ailleurs   ne  suffit   pas  pour   que notre  prière  ait  vie. Combien  d'hommes  croient  penser  à Dieu et   ne  le  considèrent  en  fait   que  comme   le  serviteur   et   le complice  de  leurs  convoitises.   Notre   prière,  dans  sa  racine, s'identifie  à  notre   désir   profond   : ce désir  est-il  la vraie charité  ?  Là  est  le  seul  critère.  « Tu   invoques   ce  que   tu aimes,  tu  invoques  ce  que  tu   appelles  en  toi  (invocare),  tu invoques  ce que  tu  veux attirer  à toi. Et  donc  si  tu   invoques Dieu pour  attirer  à  toi  une  somme   d'argent,   un   héritage, quelque   honneur  dans  le  monde, l'objet  de ton invocation  ce sont  ces  biens  que   tu  veux  attirer;   Dieu, tu en fais l'auxi­liaire  de tes convoitises,  non  pas celui  qui  exauce des désirs  » (85,  8).

 

Veux-tu   que   ta   prière  vole  vers   Dieu? Donne-lui  ses deux ailes  : le  jeûne  et  l'aumône   (42,  8).

 

UNE  LONGUE   PATIENCE

 

Mais   ce  vol  est   un  long   exode,   comme  celui   des  oiseaux migrateurs.  On   voit    trop    de   chrétiens  qui   se   laissent  re­tomber,   découragés,   n'ayant    pas  aperçu  la   terre    de    leur désir.   Tout  croyant a  pour  histoire  de son   âme  l'histoire de sa  prière,   cette   histoire  comporte  des  étapes,   des  ascensions, des   épreuves.  Par   cette   lente   et   parfois  douloureuse  péda­gogie,  Dieu  nous  enseigne et  nous  dirige. « Mystère  profond  », en  vérité,  que  cette aventure de  la prière chrétienne, murmurée du   milieu   de   tant  de  tentations,  et  il nous  faut  le scruter, le  ruminer, le  reprendre  sans  cesse...   « Tu   traites   l'homme comme un  malade,  ô Dieu    tu lui  donnes au  moment oppor­tun,  quand il  a  besoin;   et  tu  lui  donnes ce  dont   il  a  besoin. Il arrive   que   l'on  exprime à  Dieu le désir   de  telle  chose  et qu'il  ne  l'accorde  pas  : c'est  qu'il   connaît  l'heure  à  laquelle il   convient  de   nous   donner,  lui   qui   prend   soin   de   nous... Ah!  méditez  bien  cela,  mes  frères,  c'est   un  profond  mystère, il  nous  faut  le  scruter, le  ruminer, le retenir, ne   jamais  l'ou­blier,  car  les  épreuves ici-bas  ne  nous   manqueront  pas!  (Ma­gnum   mysterium   discendum,  repetendum,  tenendum   animo, numquam oblivi.rcendum) » (144,  19).

 

DEVENIR  UN  PAUVRE,   «  CAPABLE DE DIEU  »

 

Cette autre vie qu'il  nous fait désirer, il a bien soin de nous enseigner qu'elle  n'est autre  que  lui-même  : prier, c'est devenir capable de Dieu:"Lorsque tu loues Dieu sans parvenir à bien expliquer ce que  tu ressens, ta pensée  progresse indé­finiment  vers l'intériorité,  et  cet  approfondissement  même  te rend  plus capable de  celui  que  tu  loues  »  (145,  4).

Alors la pauvreté devient notre substance même et nous ne sommes pas loin d'être  comblés. «  Que  les  pauvres  voient   et soient   heureux.  _Qu'ils croient  et  que  leur  espoir  les  rende joyeux. Qu' Ils soient pauvres  plus encore, afin  qu'ils  méritent d'être  rassasiés...  » (68, II;  17).

Le désir de Dieu devient  explicite et si véhément que l'âme peut dire en toute vérité ce que saint Jean de la Croix dira de l'amour  :  je n'ai  plus  qu'un   office,  et  c'est  de  prier.' «  Pen­dant que nous sommes dans les jours d'épreuve, ne cessons d'invoquer  le  Seigneur, de  lui  adresser l'unique   demande [qui   est  «  d'habiter   dans  la  maison  du  Seigneur  tous  les jours de sa vie », qui  est de voir la face de Dieu}... Le priant ne  demande  qu'une  seule  chose, aussi  longtemps   resterait-il à  prier,   à  pleurer  ou  à  gémir,  - il ne  demande  qu'une seule chose. Il a fait  taire  toutes ses convoitises, il ne lui reste plus que cette unique chose-là, qu 'il demande...  » (26, II;  14).

Cet  unique  nécessaire doit  emporter  notre  cœur  et  l'arra­cher  à ce qui  n 'est pas  Dieu.  Saint  Augustin  a suffisammenr insisté  sur  le  sérieux  de  la  vie quotidienne,  la  nécessité des œuvres,  l'engagement  de  la  charité  concrète,  pour  qu'on  ne se mette  pas ici à l'accuser d'évasion  malsaine ou d'angélisme suspect.  Mais  aussi  prenante   que   soit  la  besogne  terrestre du  chrétien,  celui-ci  doit  garder  son  âme  libre  dans  l'attente de la bienheureuse intimité  avec Dieu : « Qu'elles empoignent \'Otre cœur, les paroles  de  Dieu!  Et  que  celui  qui  vous possède garde  jalousement sa  possession, c'est-à-dire  vos  esprits, pour  qu'ils  ne s'évadent  pas ailleurs.  Que  chacun  de  vous soit  ici  tout  entier,  non pas ailleurs  :  c'est-à-dire  tout  entier dans la parole de Dieu qui  retentit  sur la terre, afin que cette Parole l'emporte  et le fasse quitter  terre. Car si Dieu  est avec nous, c'est afin que  nous soyons avec lui  » (145, 1).

 

Notre  prière    est   sacrifice   parce   qu'elle    est  conjointe   au sacrifice   du   Christ   et   que   ce  sacrifice   était   aussi   prière    :

« Le  Fils  supplie   son  Père,  lui  crucifié   pour   des  impies,  du milieu   même   de  leurs   outrages   qui   ne  sont   plus  des  mots, mais  la  mort   même  qu'ils   lui  infligent, suspendu   à  la  croix; on   dirait   que   ces  mains   ne   sont   ainsi   étendues  qu'afin   de prier   pour   eux,  qu'afin de  faire  monter   sa  prière  en la pré­sence  du  Père  comme  un  encens,  et  de  faire  de  l'élévation  de ses mains  le sacrifice  du  soir  » (85,  20).

C'est  le sacrifice  du  Christ  qui  confère  à  notre  prière  cette qualité  d'holocauste   rée1  montant  vers   Dieu. 

  La  prière,   ré­ponse  au  Dieu  qui nous a le premier appelés ?  Oui : cette réponse   de   Jésus   qu'est   l'obéissance   jusqu'à    la   mort   de   la croix.

La prière,  parole de Dieu devenue nôtre ? Oui : ces paroles de l'abandonné sur  la croix.

La  prière,  intériorité  parfaite ?  Oui  : dans la charité de celui  qui  est  mort  pour  nous.

La  prière,   prière   du  Christ?  Oui  ; à cette heure de la passion où il assumait   toutes    les   détresses   et   coures   les agonies  de l'humanité pécheresse.

La prière,  animation de  toute  vie  morale ?  Oui : par l'effi­cacité que le sacrifice de Jésus donne désormais à nos œuvres bonnes.

La prière, gémissement ? Mais la croix a été le plus grand dénuement  d'où  a  jailli  le  plus  grand   gémissement.

La   prière,   louange ?   La   croix   est   le   seul   sacrifice   de louange  qui  soit  digne  de  Dieu,  et  par  lui  nous  apprenons à ne pas désirer  autre  chose que  l'offrande du  matin  : la  vision du  Père  lors  de  la  Résurrection  qui   nous  rendra   tout   entier louange.   

Puisqu'il s'agit de chanter un Dieu ineffable, c'est de  trou­ver  des  mots  adéquats   qui  serait  étonnant!  La  jubilation devient  le  mode  normal d'expression  et  saint  Augustin y  re­vient vol0ntiers. D'autant  plus volontiers qu'il ne la réserve nullement   à  des  moments   privilégiés  de  l'expérience  spiri­tuelle,  à  l'occasion d'on ne sait  quels  états  extatiques, mais qu'il  la voit exprimée  dans tous les Alleluia qui  éclatent dans  la  liturgie.

La  jubilation  devrait  être  aussi  naturelle  au  chrétien  que le gémissement! A une condition  : qu'il  consente à cet effort pour  trouver  sans cesse  dans  son  intelligence  le  Dieu  qu'il vient louer dans son Eglise. « Que servirait d'être dans la jubi­lation  et  d'obéir  à  la parole  :  Louez Dieu  dans la  jubilation, terre entière, si nous ne comprenions  pas  ce qu'est cette acti­vité en sorte que notre voix seule et non notre cœur y partici­perait?  Rappelons-nous  que  la  voix  du  cœur,  c'est  l'intelli­gence  »  (99,  3).

 

Mais  cette   jubilation,  ne  nous  y   trompons   pas,  n'est  pas encore celle de la vie éternelle, celle qui, « excluant le gé­missement  du   péché,  sera  confession   éternelle   du   bonheur dont  on   jouira  »  (44,  33).  Elle  en  est  une  prélibation   sans doute  et   un  pressentiment,  mais  dont   le  premier   effet   est d'aggraver en nous le gémissement. Désormais nous gémissons parce que ce Dieu dont nous avons expérimenté  le goût ma­ gnifique  ne  nous  est  pas tout  donné.  


Par jean - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Vendredi 4 mai 2012 5 04 /05 /Mai /2012 19:02
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