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Doctrine - spiritualité

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                                COMMENT LA
FOI

                             EST UNE  NUIT OBSCURE 

                                      POUR  L'ÂME
.   
      

              de Saint Jean de la croix  Docteur de l'Eglise
 
 
La foi, disent les théologiens, est une habitude de l'âme, certaine et obscure en même temps. Elle est obscure parce qu'elle nous fait croire des vérités révélées par Dieu même, qui sont au-dessus de toute lumière naturelle et excèdent incomparablement la portée de tout entendement humain.
De là vient que cette lumière de la foi est pour l'âme comme une obscurité profonde, parce que le plus absorbe le moins et lui est supérieur. La lumière du soleil éclipse toutes les autres lumières, celles-ci ne paraissent plus quand celle-là brille et s'impose à notre puissance visuelle; aussi son éclat, au lieu de favoriser la vue, éblouit plutôt parce qu'il est excessif et trop disproportionné avec la puissance visuelle. Ainsi en est-il de la foi: sa lumière, par son excès, opprime et éblouit la lumière de notre entendement; de lui même il ne s'étend qu'à la science purement naturelle, bien qu'il ait une aptitude pour l'acte surnaturel quand il plaira à Notre-Seigneur de l'y élever.
Il ne peut donc rien savoir de lui-même, si ce n'est par la voie naturelle: c'est là la seule connaissance qu'il obtient par les seuls sens; mais pour cela il lui faut les images et figures des objets présents par eux-mêmes ou leur ressemblance; sans cela il n'aurait aucune connaissance, car, disent les philosophes: « Ab objecto et potentia paritur notitia: De l'objet présent et de la faculté naît la connaissance. »
Voilà pourquoi si on racontait à quelqu'un des choses dont il n'aurait jamais entendu parler, et dont il n'aurait jamais vu la ressemblance, il n'en aura pas plus d'idée que si on ne lui avait jamais rien dit. Si par exemple on racontait à quelqu'un qu'il y a, dans une certaine île, un animal qu'il n'a jamais vu, et si on ne lui signale pas quelque trait de ressemblance de cet animal avec d'autres animaux qu'il a vus, il n'en aurait pas plus de connaissance ni d'idée qu'auparavant, malgré tout ce qu'on pourrait lui en dire.
Voici encore un autre exemple qui fera mieux comprendre ma pensée. Si vous vous adressez à un aveugle-né, qui par conséquent n'a jamais vu de couleurs, et si vous lui dites comment est la couleur blanche et la couleur jaune, vous aurez beau lui donner des explications, il ne vous comprendra nullement, parce qu'il n'a jamais vu ces couleurs ni quelque chose de semblable qui lui permette d'en juger. Tout ce qu'il retiendra, ce sera le nom de ces couleurs, parce qu'il peut le percevoir par l'ouïe; quant à leur forme ou leur figure, il lui sera impossible de s'en former une idée, parce qu'il ne l'a jamais vue.

 Ces comparaisons nous representent quoique d'une manière imparfaite, ce que la foi est pour l'âme. Elle nous dit des choses que nous n'avons jamais vues ni comprises, soit en elles-mêmes, soit dans des objets qui leur ressembleraient, puisqu'il n'y en a pas. Nous ne pouvons donc en avoir aucune lumière par notre science naturelle, car ce qu'elle nous dit n'a aucun rapport avec nos sens. Nous les connaissons par l'ouïe; nous croyons ce qu'on nous enseigne et nous y soumettons aveuglément notre lumière naturelle. Car, comme le dit saint Paul, « la foi vient de l'audition, et l'audition de la parole du Christ (Rom. X, 17) ». C'est comme s'il disait: La foi n'est pas une science qui s'acquiert par un sens quelconque; elle n'est que l'acquiescement de l'âme à ce qui lui vient par l'ouïe.

 Il y a plus: la foi dépasse de beaucoup ce que les exemples précédents nous ont donné à comprendre. Non seulement elle ne produit ni l'évidence ni la science, mais, je le répète, elle excède et dépasse toutes les connaissances et toutes les sciences, afin qu'on puisse bien juger d'elle dans la contemplation parfaite. Les autres sciences s'acquièrent avec la lumière de l'entendement, celle de la foi s'acquiert sans cette lumière; il faut même faire le sacrifice de cette lumière particulière pour ne point perdre celle de la foi. Isaïe a dit en effet: Si non credideritis, non intelligetis: « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez pas. (Is. VI, 3) »

 Il est donc clair que la foi est une nuit obscure pour l'âme,    et c'est ainsi qu'elle l'éclaire, et plus elle la plonge dans les ténèbres, plus elle lui donne sa lumière. C'est en l'aveuglant au point de vue naturel qu'elle lui donne sa lumière, selon la parole d'Isaïe: Si vous ne croyez pas, c'est-à-dire, si vous n'êtes pas dans les ténèbres, vous ne comprendrez pas; cela veut dire: vous n'aurez pas la lumière ni la connaissance élevée et surnaturelle de la vérité.

 C'est ainsi que nous voyons une figure de la foi dans cette nuée qui séparait les enfants d'Isarël des Égyptiens au moment d'entrer dans la mer Rouge et dont la sainte Écriture nous dit: « C'était une nuée ténébreuse, mais elle éclairait cependant la nuit (Ex. XIV, 20). » Phénomène admirable! Tout en étant ténébreuse, elle éclairait la nuit! Cela nous signifie la foi qui est une nuée obscure et ténébreuse pour l'âme (qui est elle-même nuit, puisque en présence de la foi elle est privée de sa lumière naturelle et aveuglée); mais la foi éclaire avec ses ténèbres les ténèbres de l'âme; il convenait que le maître qui est la foi fût en rapport avec le disciple qui est l'âme. Car l'homme qui est dans les ténèbres ne pouvait être convenablement éclairé que par d'autres ténèbres, comme nous l'enseigne le Psalmiste en ces termes: « Le jour annonce la parole au jour, et la nuit transmet la science à la nuit (Ps. XVIII, 3). »
Pour parler plus clairement, cela veut dire que le jour c'est Dieu lui-même dans la bienheureuse patrie où il est comme un jour pour les anges et les saints, qui à leur tour deviennent jours aussi dans le reflet de la divine lumière. Il leur dit et communique la divine parole, qui est sont Fils, afin qu'ils le connaissent et en jouissent. La nuit, c'est la foi dans l'Église militante où il fait encore nuit. Elle communique la science à l'Église, et par suite à chaque âme qui est nuit elle aussi, puisqu'elle ne jouit pas de la vision béatifique de l'éternelle sagesse, et qu'en présence de la foi, elle est privée de sa lumière naturelle.

 De là il faut déduire que la foi qui est une nuit obscure éclaire l'âme qui est dans l'obscurité, et c'est ainsi que se vérifie ce que David dit à ce propos: Et nox illuminatio mea in déliciis meis: « La nuit sera ma lumière au milieu de mes délices (Ps. CXXXVIII, 11) », ce qui équivaut à dire: Dans les délices de ma pure contemplation et de mon union avec Dieu, la nuit de la foi sera mon guide. Cela nous fait comprendre clairement que l'âme doit être dans les ténèbres (au point de vue naturel) pour avoir la lumière qui la guidera dans cette voie de l'union avec Dieu.

 

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Par Saint Jean de la croix - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Mercredi 20 juin 2007 3 20 /06 /Juin /2007 10:45
XVIII. LA FOI
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La foi est à l'origine de toute contemplation. S'il se glisse une erreur importante dans notre conception de la foi, nous ne serons jamais de véritables contemplatifs.

Tout d'abord, il faut bien comprendre que la foi n'est ni une émotion, ni un sentiment. Ce n'est pas un élan aveugle et inconscient qui nous pousse vers quelque chose de vaguement surnaturel. Ce n'est pas simplement un besoin fondamental de l'esprit humain. Ce n'est pas le sentiment que Dieu existe. Ce n'est pas la conviction que l'on est, en quelque sorte, sauvé ou « justifié>> uniquement parce qu'on en est persuadé. Ce n'est pas quelque chose d'entièrement intérieur et subjectif, sans rapport avec une cause extérieure. Ce n'est pas seulement une « force intérieure », ni une chose qui jaillit du fond de notre âme pour nous remplir de l'« impression» vague que tout est pour le mieux, ou qui nous est tellement personnelle qu'elle est incommunicable. Ce n'est pas un mythe impossible à partager et dont la valeur objective n'a d'intérêt ni pour Dieu, ni pour nous, ni pour qui que ce soit.Ce n'est pas davantage une opinion, ni une conviction fondée sur l'analyse rationnelle. Ce n'est pas le résultat d'une démonstration scientifique. Nous croyons seulement ce qui n'est pas évident: autrement nous n'y croyons pas, ou pas de la même façon.

La foi est avant tout un consentement intellectuel. Elle améliore l'esprit et ne le détruit pas. Elle met l'intelligence en possession d'une Vérité que la raison ne peut saisir par elle même. Elle nous fait connaître Dieu Tel qu'Il est en Lui même; la foi est le moyen d'arriver à un contact vivant avec un Dieu qui est vivant, et non avec un Principe Premier abstrait, déduit par syllogismes de la création.Mais le consentement de la foi n'est pas fondé sur l'évidence intrinsèque d'un objet visible. L'acte de foi unit deux membres d'une proposition qui n'ont aucun rapport entre eux selon notre expérience naturelle, bien que rien dans notre raison ne permette de juger ce rapport impossible. Les assertions qu'implique le consentement de la foi sont simplement neutres vis àvis de la raison. Il n'y a aucune preuve naturelle de leur vérité ou de leur fausseté. Ce n'est pas une évidence intrinsèque qui nous les fait accepter. Nous les acceptons comme des vérités révélées, le motif de notre adhésion étant l'autorité de Dieu qui les révèle.Nous ne devons pas attendre de la foi qu'elle satisfasse pleinement notre intelligence. Elle la laisse suspendue dans l'obscurité, privée de la lumière qui lui est familière. Et cependant elle ne la déçoit pas, ne la renie pas, ne la détruit pas. La foi apaise l'intelligence par une conviction qu'elle sait pouvoir accepter sans porter atteinte à la raison, sous la direction de l'amour. Car l'acte de foi est un acte par lequel l'intelligence se contente de connaître Dieu en se soumettant à Lui par amour et en acceptant, dans les termes qui Lui conviennent, ce qu'Il nous révèle de Lui même. Or cette acceptation est parfaitement rationnelle, parce qu'elle est fondée sur le fait que notre raison est incapable de nous faire connaître Dieu Tel qu'Il est réellement, et que Dieu est l'Infinie Réalité, par conséquent la Vérité, la Sagesse, la Puissance et la Bonté Infinies, qu'Il peut Se révéler à nous comme Il le veut, et confirmer par des signes extérieurs cette Révélation de Lui même.

Nous avons dit que la foi est, avant tout, un consentement intellectuel. Mais si ce n'était rien de plus, si ce n'était qu'un « plaidoyer en faveur de l'invisible», elle serait bien incomplète. Elle doit être autre chose qu'un consentement de l'esprit. C'est aussi un contact et une communion de volontés.Par la foi, nous ne nous contentons pas d'accepter les vérités révélées par Dieu, qui dépassent l'intelligence et la raison seules; nous acceptons Dieu Luimême. Nous Le recevons. Nous disons «oui » au Dieu Invisible et Infini, et pas seulement à un exposé sur Lui.
Nous acceptons pleinement cet exposé non seulement pour son contenu, mais pour Celui qui l'a fait.L'idée que nous avons de la foi est souvent falsifiée parce que nous insistons trop sur les vérités qui sont l'objet de la foi, en oubliant qu'elle est, avant tout, une union avec la lumière et la vérité de Dieu.En fait, les vérités, les propositions que la foi accepte sur l'autorité divine ne sont que des moyens d'atteindre la Vérité divine. La foi n'aboutit pas à une proposition, à une formule, mais à Dieu.Si au lieu de nous reposer en Dieu par la foi, nous nous reposons simplement sur des formules, ne soyons pas étonnés que la foi ne nous conduise pas à la contemplation,mais à des discussions subtiles, à des controverses, à desdoutes et finalement à la haine et aux divisions.Il est naturellement très bon que la théologie étudie lecontenu intellectuel de la révélation, et surtout l'expressionverbale des vérités révélées par Dieu.Mais répétons que ce n'est pas l'objectif final de la foi,qui dépasse les mots et les formules pour nous apporterla lumière même de Dieu.Les formules sont importantes non comme des fins, maiscomme des moyens par lesquels Dieu nous communique Sa vérité. Elles doivent être claires, comme des vitres limpides qui n'obscurcissent pas la lumière et ne s'opposentpas à ce qu'elle parvienne jusqu'à nous. Elles ne doivent pas falsifier la vérité de Dieu. Aussi tout en nous efforçantde connaître les véritables formules, ne devonsnous pasêtre tellement obsédés par la correction verbale que nousn'arrivions jamais, audelà des mots, jusqu'à l'ineffableréalité qu'ils s'efforcent de transmettre.La foi n'est donc pas seulement la volonté opiniâtre denous attacher, quoi qu'il arrive, à certaines formules bien que nous devions être prêts à défendre nos croyancesjusqu'à la mort. C'est surtout l'ouverture d'un oeil intérieur, l'oeil du coeur, afin qu'il soit inondé de la Lumière divine.
Enfin, la foi est l'unique clef qui permette de comprendre l'univers, la seule façon de trouver le sens de la vie humaine et les réponses aux questions d'où dépendent notre bonheur.




XIX. DE LA FOI A LA SAGESSE
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Le Dieu vivant, Celui qui est Dieu et non une abstraction philosophique, dépasse infiniment la portée de notre vision ou de notre compréhension. Quelle que soit la perfection que nous lui attribuons, nous devons ajouter que l'idée que nous nous en faisons n'est qu'une pâle analogie de la perfection qui est en Dieu, et que les termes que nous employons ne correspondent pas littéralement à ce qu'Il est.Celui qui est la Lumière Infinie se manifeste de manière si formidable que nos esprits ne peuvent Le voir que comme ténèbres. Lux in tenebris lucet et tenebrae earn non corn prehenderunt (La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas comprise).

Puisque rien de ce que nous sommes capables de voir ne peut être Dieu, ou nous donner une image digne de Lui, nous devons donc, pour trouver Dieu, aller audelà du visible et pénétrer dans les ténèbres. Puisque rien de ce que nous pouvons entendre n'est Dieu, nous devons, pour Le trouver, demeurer dans le silence.

Puisque nous ne pouvons imaginer Dieu, tout ce que notre imagination nous suggère à Son sujet est finalement fallacieux et par conséquent nous ne pouvons Le connaître tel qu'Il est à moins d'aller audelà de tout ce qu'on peut imaginer et d'entrer dans une nuit sans images ni analogie avec le créé.

Et puisque nous ne pouvons ni voir ni imaginer Dieu, les visions que les saints ont eues sont moins des visions de Lui que des visions à Son sujet; car voir une forme ayant des limites précises n'est pas Le voir.


Dieu ne peut être compris que par Lui même. Pour Le comprendre, il faut en quelque sorte nous transformer en Lui. Or ce n'est pas par une représentation de Lui qu'Il se connaît, mais par Son Etre Infini Luimême; aussi ne Le connaîtrons nous comme Il se connaît que lorsque nous serons unis à ce qu'Il est.

La foi est la première étape de cette transformation, car c'est une connaissance sans image ni représentation, par une identification aimante dans les ténèbres avec le Dieu vivant.Ce n'est pas seulement par les sens que la foi parvient jusqu'à l'intelligence, mais par une lumière directement infuse par Dieu. Comme cette lumière ne passe pas par la vue, l'imagination ou la raison, sa certitude devient nôtre sans prendre contact avec le créé, sans ressembler à rien qui puisse être vu ou décrit. Certes, les termes des articles de foi que nous acceptons représentent des choses qu'on peut imaginer, mais dans la mesure où nous le faisons nous les comprenons mal et pouvons nous tromper.Car enfin, nous ne pouvons imaginer le rapport qui existe entre les deux termes de la proposition suivante: «En Dieu, il y a Trois Personnes et Une seule Nature.» Et tenter de le faire serait une grave erreur.Si nous croyons, si nous faisons un acte de soumission tout simple à l'autorité de Dieu qui nous propose, par l'intermédiaire de Son Eglise, un article de foi, nous recevrons une lumière intérieure si simple qu'elle défie toute description, et si pure qu'il serait grossier de la qualifier d'« expérience ». C'est une lumière véritable, qui donne à l'intelligence humaine une perfection qui dépasse toute connaissance.

Certes, il faut se souvenir que la foi implique la croyance aux vérités proposées par l'Eglise. Mais n'insistons pas sur cet élément de soumission au point d'en faire l'essentiel de la foi; comme si une obéissance froide, aveugle, obstinée, à l'autorité, suffisait à faire un « homme de foi ». Si nous exagérons l'importance du rôle de la volonté, nous ne verrons plus la différence entre une foi intelligente et une simple soumission de la volonté, ce qui peut être très néfaste dans certains cas, car sans cette lumière, cette illumination intérieure de l'esprit par la grâce qui nous fait accepter la vérité proposée de la main de Dieu et la comprendre à cause de Lui, l'esprit n'aura ni la paix véritable, ni le soutien surnaturel qui lui est dû, et nous n'aurons pas une vraie foi. Si l'élément positif, la lumière, fait défaut, nous nous contraignons à supprimer nos doutes au lieu d'ouvrir notre cour à une foi profonde.Pouvonsnous, dans ce cas, prétendre avoir reçu véritablement le don de foi intérieure? C'est une question très délicate, car il arrive souvent que malgré une foi profonde, une adhésion sincère et aimante à Dieu et à Sa vérité, des difficultés puissent subsister dans l'imagination et l'intelligence.En un certain sens, nous pouvons dire que nous avons encore des « doutes », si nous entendons par là, non que nous hésitons à accepter la doctrine révélée, mais que nous sentons la faiblesse et l'instabilité de notre esprit devant le terrible mystère divin. Il s'agit moins là d'un doute objectif que d'un sentiment subjectif de notre impuissance, parfaitement compatible avec une véritable foi. En fait, plus notre foi grandit, plus nous sentons notre impuissance, de sorte qu'un homme profondément croyant peut, en même temps, dans ce sens impropre, « douter » plus que jamais. Il ne s'agit nullement là de doute théologique, mais seulement d'un sentiment très normal d'insécurité naturelle accompagné d'angoisse.L'obscurité même de la foi est une preuve de sa perfection. Elle est obscure pour nos esprits parce qu'elle dépasse infiniment leur faiblesse. Plus la foi est parfaite, plus elle devient obscure. Plus nous approchons de Dieu, moins notre foi se dilue dans la demi lumière des images et des concepts créés. Notre certitude croît avec cette obscurité, non sans angoisse ou sans doute, parce que nous ne vivons pas facilement dans un vide où nos facultés naturelles ne peuvent s'appuyer sur rien. Et c'est dans les plus profondes ténèbres que nous possédons Dieu le plus pleinement, sur terre, parce que c'est alors que notre intelligence est véritablement libérée des faibles lumières créées qui, comparées à Lui, ne sont que ténèbres; c'est alors que nous sommes remplis de Sa Lumière infinie qui semble ténèbres à notre raison.C'est dans cette foi parfaite que le Dieu Infini Lui même devient la Lumière de l'âme plongée dans les ténèbres, et que Sa vérité prend entièrement possession d'elle. Alors, en cet instant indicible, la nuit la plus profonde devient le jour, et la foi se transforme en compréhension.

De ce qui précède, il est évident que la foi n'est pas seulement un moment de notre vie spirituelle, ni un pas vers quelque chose d'autre. C'est une acceptation de Dieu qui est le climat même de toute vie spirituelle. C'est le début de l'union, et à mesure que notre foi et notre union s'approfondissent, cette acceptation de Dieu devient de plus en plus intense, en même temps qu'elle affecte tous nos actes et nos pensées. Je ne veux pas dire que dorénavant toutes nos pensées seront enveloppées dans de pieuses formules, mais plutôt que la foi ajoute une dimension de simplicité et de profondeur à toutes nos perceptions et à toutes nos expériences.

Quelle est cette dimension de profondeur? C'est l'incorporation de l'inconnu et de l'inconscient dans notre vie quotidienne. La foi rassemble le connu et l'inconnu de sorte qu'ils s'imbriquent; ou, plutôt, que nous sommes conscients de leur imbrication.

En fait, notre vie entière est un mystère dont notre compréhension consciente ne saisit qu'une petite partie. Mais lorsque nous acceptons seulement ce qui tombe sous notre raisonnement conscient, notre vie se réduit à de pitoyables limites, même si nous ne nous en rendons pas compte. (Nous avons été élevés dans le préjugé absurde que nous ne comprenons et n'assimilons vraiment que ce que nous pouvons formuler consciemment et rationnellement. Lorsque nous pouvons définir une chose, ou une de nos actions, nous nous imaginons que nous en saisissons pleinement le sens. En réalité cette transformation d'une idée en mots très souvent ce n'est rien de plus tend à nous couper de la véritable expérience et à diminuer notre compréhension au lieu de l'augmenter.)La foi ne se contente pas d'expliquer l'inconnu, de le munir d'une étiquette théologique et de le ranger en lieu sûr pour que nous n'ayons plus à nous en occuper; une telle conception serait tout à fait contraire à ce qu'elle

est réellement. La foi mêle l'inconnu à notre vie quotidienne d'une manière vivante, dynamique et réelle. L'inconnu demeure l'inconnu. Le mystère reste entier. Le rôle de la foi n'est pas de transformer le mystère en évidence claire et rationnelle, mais d'intégrer le connu et l'inconnu en un ensemble vivant qui nous permette de plus en plus de dépasser les limites de notre moi.Le rôle de la foi ne consiste donc pas seulement à nous mettre en contact avec « l'autorité de Dieu)> et à nous enseigner les vérités révélées par Lui, mais encore à nous faire découvrir l'inconnu qui est en nous, dans la mesure où notre moi inconnu vit en Dieu et agit sous la lumière de Sa grâce miséricordieuse.C'est, pour moi, l'aspect essentiellement important de la foi, trop souvent ignoré de nos jours. Foi ne signifie pas seulement soumission, mais vie. Elle englobe la vie sous toutes ses formes, et pénètre dans les profondeurs les plus mystérieuses et les plus inaccessibles de notre être spirituel inconscient et de Dieu dans son essence et son amour. La foi est donc le seul moyen de connaître la véritable réalité, même notre véritable réalité. Si l'homme ne s'abandonne à Dieu par une foi totale, sa propre nature lui demeure fatalement étrangère, exilée, parce qu'il est séparé du fond le plus vrai de son être; celui qui demeure obscur et inconnu parce qu'il est trop simple et trop profond pour être connu par la raison.

Voulez vous dire le subconscient? demanderezvous. Une distinction s'impose. Nous avons tendance à croire que nous avons un esprit conscient et un subconscient qui est au dessous du conscient, ce qui peut induire en erreur. Le conscient est pressé de toutes parts par l'inconscient. Notre raison est entourée de ténèbres. Notre esprit conscient ne domine nullement notre être; il contrôle seulement certains éléments qui lui sont inférieurs. Mais il peut à son tour être poussé par l'inconscient. Et comme il ne faut pas qu'il soit mené par quelque chose d'inférieur, il est important de distinguer les éléments émotifs, instinctifs, et les éléments spirituels, « divins », pourrait-on dire, de cet esprit inconscient.

Or la foi intègre l'inconscient tout entier au reste de notre vie, mais elle opère de diverses manières. Les éléments inférieurs sont acceptés (et non simplement rationalisés) dans la mesure où ils sont voulus par Dieu. La foi nous permet de transiger avec notre nature animale et d'essayer de la mener selon la Volonté de Dieu, c'est-à-dire selon l'amour, en même temps qu'elle soumet notre raison aux forces spirituelles cachées qui sont audessus d'elle. Ce faisant, l'homme tout entier est sous la dépendance de l'inconnu qui le domine.Dans ce domaine du mystère se cache non seulement la partie la plus élevée de l'être spirituel de l'homme (qui est, pour sa raison, une énigme absolue), mais encore la présence de Dieu.La foi permet à l'homme d'entrer en contact avec ce qu'il possède de plus profond spirituellement, et avec Dieu. Selon la théologie traditionnelle, les Pères de l'Eglise grecque donnaient trois noms à ces trois aspects de l'esprit humain. L'âme « animale », inconsciente et non raisonnable était l'anima ou psyche, domaine de l'automatisme où l'homme agit en organisme psychophysique. Cette anima est une sorte de principe féminin, ou passif, de l'homme.Puis il y a la raison; le principe lucide conscient, actif; l'animus ou nous. L'esprit est ici principe masculin, l'intelligence qui commande, raisonne, guide notre activité avec prudence et réflexion. Il gouverne le principe féminin, l'anima passive. L'anima est Eve, l'animus, Adam. Par suite du péché originel Eve tente Adam et sa pensée raisonnée cédant à ses impulsions aveugles, il se laisse gouverner par l'automatisme des réactions passionnées, par les réflexes conditionnés plutôt que par les principes moraux.Cependant, l'homme n'est pas seulement composé d'une anima gouvernée par l'animus, d'un principe masculin et d'un principe féminin. Il en est un plus élevé qui transcende les distinctions de masculin et de féminin, d'actif et de passif, de réfléchi et d'instinctif. Ce principe plus élevé dans lequel se fondent les deux autres pour monter jusqu'à Dieu est le spiritus ou pneuma.

Ce n'est pas seulement un attribut de l'homme, c'est l'homme lui même, uni, vivifié, élevé au dessus de lui même et inspiré par Dieu. L'homme atteint là son plein développement. L'homme n'est vraiment homme que lorsqu'il forme, avec Dieu, « un esprit ». L'homme est « esprit>' lorsqu'il est à la fois anima, animus et spiritus. Ces trois choses n'en font d'ailleurs qu'une. Et lorsqu'elles sont parfaitement ordonnées dans leur unité, tout en gardant leurs qualités intrinsèques, l'homme est recréé à l'image de la Sainte Trinité.

La « vie spirituelle » est donc la vie parfaitement équilibrée dans laquelle le corps, avec ses passions et ses instincts, l'intelligence avec sa raison et sa soumission aux principes et l'esprit illuminé passivement par la lumière et l'amour de Dieu forment un homme qui est en Dieu, avec Dieu, de Dieu et pour Dieu. Un homme pour qui Dieu est tout. Un homme dans lequel Dieu fait, sans obstacle, Sa propre Volonté.


Par jean - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Lundi 18 juin 2007 1 18 /06 /Juin /2007 12:11
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                     De Saint François de Salles :


                             Docteur de l'église
                    


Quand Dieu nous donne la foi, il entre en notre âme et parle à notre esprit, non point par manière de discours, mais par manière d’inspiration; proposant si agréablement ce qu’il faut croire à l’entendement, que la volonté en reçoit une grande complaisance, et telle qu’elle incite l’entendement à consentir et acquiescer à la vérité, sans doute ni défiance quelconque, et voici la merveille; car Dieu fait la proposition des mystères de la foi à notre âme parmi des obscurités et des ténèbres, en telle sorte que nous ne voyons pas les vérités, ains ( mais)  seulement nous les entrevoyons; comme il arrive quelquefois que la terre étant couverte de brouillards, nous ne pouvons voir le soleil, ains nous voyons seulement un peu plus de clarté du côté où il est; de façon que, par manière de dire, nous le voyons sans le voir, parce que d’un côté nous ne le voyons pas tant que nous puissions bonnement dire que nous le voyons et d’autre part nous ne le voyons pas si peu que nous puissions dire que nous ne le voyons point, et c’est ce que nous appelons entrevoir. Et néanmoins cette obscure clarté de la foi étant entrée dans notre esprit, non par force de discours ni d’arguments, ains par la seule suavité de sa présence, elle se fait croire et obéir à. l’entendement avec tant d’autorité, que la certitude qu’elle nous donne de la vérité surmonte toutes les autres certitudes du monde, et assujettit tellement tout l’esprit et tous les discours d’icelui, qu’ils n’ont point de crédit en comparaison.
Mon Dieu! Théotime, pourrais-je bien dire ceci La foi est la grande amie de notre esprit, et peut bien parler aux sciences humaines qui se vantent d’être plus évidentes et claires qu’elle, comme l’épouse sacrée parlait aux autres bergères : Je suis brune, mais belle (1). O discours humains ! ô sciences acquises ! Je suis brune, car je suis entre les obscurités des simples révélations qui sont sans aucune évidence apparente, et me font paraître noire, me rendant presque méconnaissable; mais je suis pourtant belle en moi-même à cause de mon infinie certitude; et si les yeux des mortels me pouvaient voir telle que je suis par nature, ils me trouveraient toute belle. Mais ne faut-il pas qu’en effet je sois infiniment aimable, puisque les sombres ténèbres et les épais brouillards, entre lesquels je suis, non pas vue, mais seulement entrevue, ne me peuvent empêcher d’être si agréable, que l’esprit me chérissant surtout, fendant la presse de toutes autres connaissances, il me fait faire place et me reçoit comme sa reine sur le trône le plus élevé de son palais, d’où je donne la loi à toute science, et assujettis tout discours et tout sentiment humain? Oui vraiment, Théotime, tout ainsi que les chefs de l’armée d’Israël, se dépouillant de leurs vêtements, les mirent ensemble, et en firent comme un trône royal, sur lequel ils assirent Jéhu, criant: Jéhu est roi (2) de même à l’arrivée de la foi, l’esprit se dépouille de tout discours et arguments, et les soumettant

(1) Cant. cant., I, 4.    neguev2.jpg
(2) IV Reg., IX. 13.

à la foi, il la fait asseoir sur iceux, la reconnaissant comme reine, et crie avec une grande joie : Vive la foi! Les discours et arguments pieux, les miracles et autres avantages de la religion chrétienne la rendent certesextrêmement croyable et connaissable; mais la seule foi la rend crue et reconnue, faisant aimer la beauté de sa vérité, et croire la vérité de sa beauté, par la suavité quelle répand en la volonté, et la certitude qu’elle donne à l’entendement. Les Juifs virent les miracles, et ouïrent les merveilles de notre Seigneur ; mais étant indisposés à recevoir la foi, c’est-à-dire leur volonté n’étant pas susceptible de la douceur et suavité de la foi, à cause de l’aigreur et malice dont ils étaient remplis, ils demeurèrent en leur infidélité, ils voyaient la force de l’argument, mais ils ne savouraient pas la suavité de la conclusion; et pour cela ils n’acquiesçaient pas à. la vérité, et néanmoins l’acte de la foi consiste en cet acquiescement de notre esprit, lequel ayant reçu l’agréable lumière de la vérité, il y adhère par manière d’une douce, mais puissante et solide assurance et certitude qu’il prend eh l’autorité de la révélation qui lui en est faite.

 
Par st françois de Salles - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Dimanche 17 juin 2007 7 17 /06 /Juin /2007 16:53
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