connaissez vous ? à découvrir absolument !
Le pape Paul VI a dit de Maurice Zundel qu'il «était un génie, génie de poète, génie de mystique, écrivain et théologien, et tout cela fondu en un, avec des fulgurations».
Vous trouverez ici une biographie : link
Quelques extraits d'homélies :
Une liturgie sans engagement mystique
Les pharaons d'Égypte ont été divinisés et les monuments ne cessent de représenter leur investiture divine. Lorsque, plus tard, Alexandre le Grand a conquis l'Égypte, il ne crut pas pouvoir assurer
sa domination sur les pays conquis sans se faire reconnaître comme Dieu. De même les empereurs romains, pour cimenter l'unité de leur empire, acceptèrent, puis imposèrent finalement, cette
divinisation de Rome et de leur personne.
Mais cette divinisation du pharaon entraînait aussi, presque nécessairement, la « pharaonisation » du dieu. Il y avait une symbiose, une sorte de communauté de vie où les réactions
étaient réciproques et, finalement, l'image de la divinité se modelait sur celle du pharaon divinisé.
Dans quelle mesure cette situation ne s'est-elle pas reproduite au cours des siècles même dans la pensée d'Israël? Dans quelle mesure notre liturgie ne garde-t-elle pas des vestiges de cet échange
ambigu entre la royauté terrestre et la royauté divine? Dans quelle mesure même la conception de la royauté divine n'est-elle pas simplement l'émanation de la royauté humaine?
Dans quelle mesure, à Byzance, la liturgie du Palais et la liturgie de Sainte-Sophie ne coïncidaient-elles pas dans une même image où la royauté divine et la royauté humaine se confondaient de
nouveau?
Et dans quelle mesure notre liturgie n'est-elle pas encore une survivance de ces liturgies royales qui n'engagent jamais le fond de l'âme? Ne peut-on pas penser, parfois, que, dans notre liturgie
elle-même, il s'agit de rendre hommage à un souverain, de processionner autour de son autel, de lui ériger un sanctuaire et, ceci une fois accompli, on en est quitte avec Dieu, tout cela pouvant se
réaliser et célébrer sans aucune espèce d'engagement mystique?
Quelque chose d’extrêmement dangereux
Il est évident que, si l'homme de la rue est si souvent complètement étranger à ce qui 'se passe dans nos églises, c'est parce qu'il ne s'y passe aucun événement susceptible de le toucher tant soit
peu. II ne s'y sent aucunement atteint et concerné au plus intime de lui-même.
Il y a une religion apparente qui ne suppose aucun engagement profond. Cela est extrêmement grave, et nous pouvons nous demander jusqu'à quel point ce n'est pas à propos de l'Eucharistie qu'on en
est arrivé à une confusion aussi radicale sur l'essence même du message de Jésus.
Une sorte de matérialisme religieux, le pire de tous; peut tragiquement s'établir autour de l'Eucharistie : on a un palladium, un paratonnerre céleste, sur la maison, on peut dormir
tranquille, Dieu est là dans sa petite boîte et on le tient constamment à sa disposition.
S'est-on suffisamment interrogé sur la valeur de nos communions? sur la valeur de celles des petits enfants? Que donnent-elles? Que changent-elles?
Dans les communions sans engagement, où l'on compte sur l'opus operatum (un effet immanquablement produit du fait que l'on reçoit le sacrement), dans les communions où mécaniquement l'on doit être
sanctifié parce qu'on a ouvert la bouche ou tendu la main pour recevoir l'hostie : il y a là quelque chose d'extrêmement dangereux parce qu'on ne voit plus du tout l'exigence qui est à la base
d'une véritable conversion, et qui suppose une nouvelle naissance; on ne voit plus l'exigence de la communion qui implique cette transformation radicale où l'on passe du moi possessif au moi
oblatif. Combien de prêtres même qui célèbrent la messe tous les jours peuvent, peut-être, en être encore là ?
Resituer l'Eucharistie dans la perspective évangélique
Il nous faut donc resituer l'Eucharistie, il faut la situer là où la vie de l'Église doit retrouver son unité, il faut la situer à sa place, c'est-à-dire dans la perspective évangélique qui
s'impose à nous dans les derniers entretiens du Seigneur avec ses disciples.
La dernière consigne qui retentit en toutes les pages du récit johannique, c'est que « vous vous aimiez les uns les autres comme je vous ai aimés ». Et cette consigne est aussi le critère
qui fait reconnaître les disciples de jésus : « C'est à cela que l'on reconnaîtra que vous êtes mes disciples, si vous vous aimez les uns les autres. »
Et, pour donner une leçon de choses à ses disciples, Jésus leur lave les pieds. « Voilà ce que c'est que d'aimer son prochain : ce que j'ai fait, c'est afin que vous vous le fassiez
vous-mêmes les uns aux autres. »
Aussi curieux que cela paraisse, l'Eucharistie semble avoir disparu, elle n'est même pas nommée en cet endroit : pourquoi? Parce qu'elle est implicitement contenue dans ce mandatum (ce
lavement des pieds). Elle est implicitement contenue et dans le mandatum et dans la consigne ultime du Seigneur, « Aimez-vous les uns les autres », parce que c'est exactement la même
chose.
« Il vous est bon que je m'en aille »
Rappelons-nous cette parole tragique de Jésus au cours du discours après la Cène : « Il vous est bon que je m'en aille car, si je ne m'en vais pas, le Paraclet, l'Esprit Saint, ne viendra
pas à vous. » Comment ne pas voir dans ces paroles l'aveu d'un échec? Jésus n'a converti personne... personne! Ni la foule, ni les prêtres, ni les autorités, ni Hérode, ni ses disciples, ni
même le disciple bien-aimé qui s'endormira comme les autres tout à l'heure au jardin de l'Agonie : il n'a converti personne.
Et l'appel suprême qu'il adresse à ses disciples au lavement des pieds restera sans écho : ils ne comprennent pas que le royaume de Dieu est au-dedans d'eux-mêmes.
Ils ne comprendront pas que c'est pour faire éclore ce royaume intérieur que Jésus se met à genoux devant eux pour leur laver les pieds, et ils ne comprennent pas davantage que c'est pour desceller
la pierre de nos coeurs que Jésus meurt sur la croix. Et la dernière question qu'ils poseront à Jésus juste avant l'Ascension sera significative de cette totale incompréhension.
L'humanité de jésus doit donc disparaître! Et ce n'est que dans l'invisible, dans le feu de la Pentecôte, qu'ils retrouveront leur Maître comme une présence intérieure à eux, ils ne le verront plus
désormais devant eux mais au-dedans d'eux, et c'est à ce moment-là qu'ils le reconnaîtront. Peut-on dès lors imaginer un seul instant que Notre Seigneur nous ait donné l'Eucharistie pour que nous
refabriquions avec ce sacrement un culte idolâtrique, pour que nous puissions le posséder là, à la portée de notre main, en l'enfermant dans une boîte pour qu'il soit bien à nous? Peut-on concevoir
un pareil matérialisme de la part du Seigneur? Peut-on imaginer qu'il ait dérobé sa présence visible aux Apôtres pour nous restituer dans l'hostie un foyer d'idolâtrie, comme si nous pouvions
disposer de Dieu comme on le fait d'un objet? C'est absolument impossible, c'est exactement le contraire qui se passe quand jésus nous donne l'Eucharistie.
La Rochette, 1963.
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Autre homélie :
Chaque jour nous sommes confrontés à la souffrance, à la guerre, à la famine, aux tremblements de terre… La Messe est-elle un événement qui puisse retenir sur toutes ces situations ? La Messe
est-elle un événement capital, un événement source, un événement qui concerne essentiellement notre vie ?
Qu’a voulu le Christ en nous donnant l’Eucharistie, sinon nous rassembler tous en l’unité d’un seul Corps tellement que, finalement, le sens de la Messe est en effet de transformer toute l’humanité
et tout l’univers dans le Corps et le Sang du Christ. Mais cela ne se sent suffisamment que si nous nous engageons à fond, si nous nous convertissons, si la Messe retentit jusqu’aux racines de
notre être, et c’est bien cela qu’elle doit réaliser pour entrer dans les intentions du Christ.
Si le Christ nous a livré l’Eucharistie, Il nous a, en partant, donné la suprême consigne de l’Amour : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. » (Jn. 13.34) Il s’est
agenouillé au Lavement des pieds, pour nous apprendre que le sanctuaire de Dieu était l’homme. Il y a donc une transformation radicale qui doit s’accomplir puisque, finalement, le culte de Dieu,
-je veux dire l’union avec Dieu -ne peut pas se réaliser sans l’union avec l’homme.
Le Messe peut réaliser d’abord cette communion avec toute l’humanité, toute l’Histoire, tout l’univers, pour nous préparer à la communion avec Dieu, car justement le Christ, qui est toujours
présent, qui est toujours déjà là, qui est en chacun de nous une Présence qui ne cesse jamais de nous accompagner, le Christ ne nous n’est pas inaccessible, et on le voit bien précisément dans
l’adorable cheminement d’Emmaüs : Les disciples sont avec le Seigneur, ou plutôt Il est avec eux, mais eux ne sont pas encore avec Lui, par ce que leur cœur n’est pas encore totalement axé sur
l’Amour. Ce n’est que lorsqu’ils témoignent leur charité envers le Christ-pèlerin que, tout d’un coup, le Christ se transfigure à leurs yeux et leur devient présent.
Nous avons à parcourir cet itinéraire. Le Christ est toujours déjà là. C’est nous qui ne sommes pas là et pour Le rencontrer, il faut entrer dans les profondeurs de l’Amour, et cela veut dire que
les paroles de consécration qui doivent retentir sur toute l’humanité et de tout l’univers, qui ont pour fin dernière précisément cette transformation de toute l’humanité et de tout l’univers en le
Corps et le Sang du Seigneur, cela veut dire que ces paroles, nous ne pouvons les dire avec sincérité qu’en les vivant jusqu’au fond, qu’en nous effaçant dans le Moi du Christ qui les prononce à
travers nous.
Alors si nous pouvons dire « Ceci est mon Corps, Ceci est mon Sang » avec efficacité, si vraiment le Seigneur au terme où Il s’était montré nous devient présent, cela signifie que nous
avons jeté toute notre vie dans Ses abîmes de Lumière et d’Amour, que nous nous sommes déracinés de nous-mêmes et que notre moi s’est effacé dans le Moi de Jésus-Christ pour que ce soit Lui qui
dise « je » et « moi » en nous.
C’est par là que la Messe est une action formidable, le plus grand événement de l’univers, en nous reconduisant aux sources mêmes de la vie libérée qui ne peut jaillir que de cette désappropriation
de nous-mêmes, dans le Moi divin qui est l’orient vers lequel nous sommes tous aimantés. C’est pourquoi la Messe est un mystère de silence, ce silence de vie, ce silence qui est une Personne, ce
silence qui est une Présence, ce silence qui est la respiration la plus profonde de l’être et la source de toutes les musiques. C’est ce silence qui devrait être l’itinéraire de l’homme pour sa
participation à l’eucharistie, c’est ce silence qui atteint jusqu’à la racine de l’être et qui, en nous désappropriant de nous-mêmes, laisse le Christ transparaître en nous. C’est par là que la
Messe est, au commencement de chaque journée, un événement extraordinaire dans la mesure, justement, où nous accomplissons ce pèlerinage du silence, du silence de soi-même qui laisse Dieu respirer
en nous en lui offrant cet espace de Lumière et d’Amour où sa Vie peut se répandre.
C’est pourquoi la Messe est chaque jour un événement tout neuf, parce que chaque jour, nous avons à naître de nouveau, chaque jour et à chaque instant ; à naître de nouveau du Cœur de Dieu qui
bât dans le nôtre, parce qu’à chaque instant nous n’échapperons aux limites et aux servitudes de notre moi propriétaire qu’en nous laissant revêtir et aimanter par le Moi divin.
Il y a donc un sens ontologique, un sens créateur de l’univers et de l’humanité, une rédemption de toute l’Histoire, un recommencement de toute la Création dans ses paroles : « Ceci est
mon Corps, ceci est mon Sang », si nous les vivions, si nous nous recueillons si profondément qu’il n’y ait plus en nous de bruit, que nous soyons tout entiers à l’écoute du Seigneur qui
vient, ou plutôt qui est déjà là, et qui ne cesse de nous attendre pour nous laisser transformer par Lui et en Lui.
Nous voulons donc tenter ce matin de vivre cet événement à l’échelle de l’univers devant toutes les douleurs de l’humanité pour nous désapproprier de nous-mêmes, jusqu’au centre où tous les hommes,
tous les êtres, toutes les créatures ne font qu’un dans le Christ, pour être une présence à tout dans cet effacement de nous-mêmes en Jésus qui est le grand Rassembleur, qui est présent et
intérieur à toute l’humanité et qui veut faire de nous toujours et très spécialement ce matin au cours de cette liturgie, Son Corps et son Sang.
Maurice Zundel L’Eucharistie et la création, sermon prononcé à Genève, le dimanche 4 février 1968
Par jean
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Publié dans : Maurice Zundel
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Mardi 13 octobre 2009
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