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  auteur2523

 

Le père Albert  Marie  Besnard, dominicain, s'est révélé l'un des plus grands mystiques français du XX' siècle. Son introduction (de "prier Dieu avec les pasaumes" de St Augustin ) d'une quarantaine de pages constitue  à elle seule une véritable initiation  à  la vie d'oraison.

 

En voici un résumé : 

 

I.  L'originalité  de la  prière chrétienne   

 

QUI PEUT INTERPELLER DIEU? ...

 

 «  Nul,   jamais,  ne  l'a  invoqué sans en  avoir  lui-même  été  d 'abord appelé » (114,  5).

Mais  comment  le  Seigneur   a-t-il   fait   entendre  cet  appel  ? De deux façons :

 

- A l'intime du cœur,  comme  par  une  voix  intérieure dont on  ne  peut  douter   tant  elle  résonne  haut et clair  :  «  Dieu a un langage secret, chez beaucoup  il   s'adresse   au   cœur, et là c'est  une  puissante  rumeur dans le  grand silence  du  cœur quand il dit   d'une   voix puissante   :  C'est  moi qui suis ton salut  » (38,  20).

- Par  la  médiation  de  l'Eglise, en  la  personne  des  prédi­cateurs de la foi, qui sont la voix (et la voie) historique sans laquelle  nul  ne  connaît le Christ  :  « Tu  l'as entendu,  de  la bouche  du  prédicateur  venu  jusqu'à  toi  :  'Voici  maintenant le  temps  favorable, voici  maintenant  le  jour du  salut.' Tu  as cru,  tu  as  invoqué   Dieu  dans  tes  jours  :  Seigneur,  délivre mon âme» (114, 3).

 

 

LES   DEUX   SOURCES

 

Ces  deux  textes  ne  s'opposent pas, il  faudra  le  mettre  en pleine lumière, mais d'emblée ils font saillir les structures spirituelles du chrétien. Dieu présent  directement   à  l'âme, comme le Maître  intérieur  qui  n'a nul  besoin de la médiation des  mots  et  des  sons,  d'une   part, et de  l'autre,  le  Christ connu  dans  l'Eglise  par  la  prédication  de  l'Evangile  :  inté­riorité  immédiate  et  médiation  extérieure, toutes  deux  néces­saires, voilà  posées les  deux  sources conjointes et divines de la   prière  chrétienne,  qui  sont  d'abord  celles  de  la  foi.  On peut  dire  que  l'un  des  grands  problèmes  de  cette  prière  est celui de l'équilibre de cette conjonction. Toute spiritualité s'éloignera  de  la vraie  prière  chrétienne  dans la mesure même où elle ne sauvegardera pas cet équilibre  : soit par désaffection de la parole historique  de  Dieu  dans  le  Christ,  au profit  de  la  voix  intime  d'une  présence  intérieure  qu'il  sera alors  difficile  d'identifier   et  qui  risquera  de  ne  plus  être  le Dieu  vivant,  Père  de  Jésus-Christ;  soit  par  obturation   de  la source mystique, par le  refus de considérer comme  chrétienne cette prière  secrète qui  s'élance au-delà des paroles historiques de la Révélation,  bien qu'elle  soit  sans cesse éveillée et  recti­fiée par elles.


II.  La  prière, don  de  Dieu 

 

AVEC    QUELLES    PAROLES    IRONS-NOUS   AU   SEIGNEUR?

 

Parce que  Dieu est Dieu, c'est une prière parfaite qui est requise. Mais l'homme est homme,frivole et pécheur, la prière parfaite  lui est difficile  sinon impossible.

    Dès lors, « faudra-t-il  désespérer de  l'humanité  et  dire que tout homme sera   damné  dès   qu'une distraction se  sera  glissée  dans sa  prière   et  sera   venue   l'égarer  ? S'il nous fallait l'affirmer, mes frères, je ne vois guère quelle  espérance nous resterait... »

(ibid. ).

L'extraordinaire, c'est  qu'il reste  un recours, et  c'est... la prière même,  une  prière de  pauvre   cette  fois-ci, la prière  de celui  qui voudrait apprendre à prier (n'est-ce pas ce qu'ont de­mandé les disciples :  « Seigneur,apprends-nous à  prier   » ?)  :

« Puisqu'il y a une espérance vers Dieu, puisque grande est sa miséricorde,  disons-lui  : «  Fais venir la joie dans l'âme de ton serviteur,car vers toi,  Seigneur,  j'ai  élevé  mon  âme.  » Et  comment l'ai-je  élevée?  Comme je l'ai  pu,  autant  que  tu m'en  as donné  la  force, pour autant que j'ai pu la retenir dans sa dissipation » (suite  du  précédent).

Or Dieu a d'avance exaucé  cette prière-là. Décidément  il fallait qu'il  nous donnât  tout:non seulement l'appel à son amitié, mais encore le moyen de nourrir  cette amitié; non seulement le message de sa Parole, mais le courage   de ré­pondre dignement à sa Parole, et  finalement cette réponse elle-même! Seule,  en effet, l'Ecriture nous  offre les mots dont nous pouvons  être  sûrs  qu'ils sont   assez vrais  pour ne pas faire  injure à Dieu, et assez pauvres pour ne pas lui   dé­plaire.   

 

DIEU  S'EST LOUÉ LUI-MÊME          1.jpg

 

Le stratagème  est, au  fond,  très  simple,  mais  l'amour  seul pouvait  l'inventer et la  toute-puissance le réaliser :Dieu ré­pand en nous son Esprit, de sorte que;  puisque  c'est  son, Esprit, c'est lui-même  qui  se  loue  et  les louanges  sont  dignes de lui; mais parce que  son  Esprit  habite  en  nous,  c'est nous en  toute  vérité  qui  le  louons : «  De  son  Esprit  il a  rempli ses serviteurs,  afin que ceux-ci  puissent  le louer.  Puisque c'est son  Esprit  qui, dans  ses serviteurs, le loue, n'est-ce pas lui­ même qui chante ses propres  louanges? » (ibid.,  suite).

Mais  alors, de qui sont les paroles de nos prières ? De Dieu ou de  nous ? A la fois  de  Dieu  et  de  nous!  Il  n'y a de paradoxe que pour celui qui n'apprécie pas le réalisme ontologique de la grâce chrétienne. Paroles de Dieu, paroles humaines, elles méritent authentiquement cette double quali­fication.La charité  est le  creuset    se  rifie et   s'opère  la conversion  de  l'une  en  l'autre.  « En  Dieu  je louerai  mes  paroles.  Si  c'est  en   Dieu,  comment  sont-elles miennes?  Oui, c'est en  Dieu  et  elles sont  miennes. En  Dieu, parcequ'elles viennent de lui;  et  miennes parce que  je les ai vraiment  reçues. Lui me les a données  et  il a  voulu  qu'elles soient  miennes,  dans  la  mesure où j'aime celui  de  qui  elles viennent :de lui elles me viennent et elles sont devenues miennes » (55,  7).

 


D'ABORD   ÉCOUTER

 

Le  commencement de la prière, c'est donc d'écouter avec une attention soutenue la prière de l'Eglise et d'y pénétrer avec simplicité comme un enfant :  prie ce que tu entends, prie lorsque tu entends que cette voix soit  celle de  nous  tous  » (42,  4).                             '

Nous sommes, bien entendu,fort loin d'une invitation à un quelconque formalisme de  prière; il s'agit au contraire d'être éveillé, d'être prêt à saisir avec toute son  intelligence, la pa­role qui est proposée: sans quoi, comment la faire sienne ? l'intelligence spirituelle est, pour saint Augustin, une condition essentielle de la  prière. Il faut avoir la « science de son propre chant » (scienter cantare), et  demander à Dieu de nous purifier de telle sorte que notre chant soit celui   d'hommes intelligents et non une rengaine de perroquets « Nous donc qui, dans  l'Eglise, avons appris à chanter les divines paroles, nous devons aussi realiser    nous-mêmes  ce  qui   est  écrit   : bienheureux  le peuple  qui  a l'intelligence  de   sa jubilation. Disons donc, et avec intelligence chantons,et que notre chant soit une prière, et puisse notre prière être exaucée >> 

 

CRIE  AU-DEDANS !

 

    La prière est  née.  Doublement donnée par  Dieu : dans son élan, qui en fait   une   réponse à  l'appel  initial  de  Dieu;  dans son  contenu,qui est  déterminé par  l'Esprit Saint. Cette prière se présente très concrétisée: l'Ecriture la  contient,l'Eglise   la chante  et   l'écoute,  le  cœur   l'apprend  et la  redit  inlassable­ment. C'est la   prière  la   moins   solitaire  qui   soit,   la  mieux partagée,_ elle   exige   même   que   la  conscience de  la partager la rende enthousiaste  « Excitez en vous   l'amour,  frères, et   criez   devant  chacun  des   vôtres   et   dites-lui   :   Glorifiez avec   moi   le  Seigneur!... Si  vous  aimez  le  Corps  du  Christ, c'est-à-dire  l'unité de  l'Eglise, entraînez-les avec vous  pour qu'ils  en  jouissent aussi et  dites-leur  Magnifiez avec  moi le Seigneur » (33,  II; 6) .Toute la prière  chrétienne  se  trouve accomplie,  et   pour­tant  non!   A cette source  visible  et  universelle,  il faut con­joindre la  source  intime et personnelle.A la source ecclésiale,la  source   mystique. Si la prière est conversation avec Dieu, à quoi bon ces chants,ces  psaumes, ces mots,  puisque  aussi bien «  quand  Dieu  nous  entend,  ce n'est   pas   qu'il   ait   des oreilles,c'est que  sa  majesté le  rend présent à  tous  les  êtres. 

 

 

Ajoutons qu'une  analyse de  la  psychologie humaine selon saint Augustin  nous  montrerait   pourquoi   parole  et  silence, au sens où  nous les avons évoqués,ne se contrarient  pas. Les paroles  sont  sur  les  lèvres et  le  silence  dans  le  cœur,  et  il arrive à ce silence de  parler  et  à ces paroles  de  ne rien  dire. Il  faut  méconnaître la structure  de  l'homme,  par  profondeurs liées mais distinctes, pour  ne  pas voir  que  ces paroles et ce silence  peuvent  être  concomitants.  Le silence  dont  saint  Au­gustin  nous parle, demeure certes  quand  le  son  de  la  voix s'est  éteint  :  n'empêche  qu'il  est  dans  l'âme  le  fruit  de  la parole  reçue. Il  est le  silence qui  est  contenu  dans  les  mots et qui pénètre notre esprit quand la voix s'est tue, comme le glucose contenu  dans  les aliments  pénètre  notre  corps quand le repas s'est achevé.Il est la charge de silence où se conserve la signification  profonde  des mots.  Pour  imagée que soit son expression, cette  noétique  n'en reste pas moins très cohérente et très vraie.

 

 

 

LE   MYSTÈRE   MÊME  DE  JÉSUS

 

Etonnante  merveille,  pensera-t-on. En  réalité,  il ne  s'agit paslà de la conciliation miraculeuse et quasi inespérée de tendances  contraires  que  l'humanité   religieuse  ne  parvenait pas à harmoniser.  Il s'agit  d'un  mystère  autrement  original  : le  mystère  même  de  Jésus-Christ, Homme-Dieu.   L'économie de la prière chrétienne  se couletout  simplement  à l'intérieur de l'économie de l'Incarnation. L'Esprit Saint n'unifie prière ecclésiale et  prière  mystique, prière  collective et  prière  indi­ viduelle, prière  vocale  et  prière  silencieuse, que  parce  qu'il estl'Esprit  de  Jésus. Le secret de  la  prière  chrétienne,  c'est qu'elle est  partout  et  toujours  la  prière  du  Christ,  de  quel­ ques  lèvres  qu'elle   jaillisse et  en   quelque  situation  qu'elle s'élève. Voilà  ce  qui   la  fait  une  et  multiple,  exaucée  par avance et  toujours suppliante,  déjà dite  et  toujours à dire.

Hors  de  cette  prière  de  membres,  toute  prière  est   fausse et  menteuse. « Comme  le Christ  total  est  à  la  fois  Tête  et Corps, nous devonsdans tous les psaumes entendreles paroles de la  Tête  en  songeant  toujours  que  ce  sont  aussi cellesdu Corps... C'est  parce  que  nous parlons  en  lui  que  nous disons la  vérité.  Quand  nous  voudrons  parler  en  nous  et  de  notre fond,nous demeurerons dans le mensonge» (56, 1).

Il  y  a  même  plus grave  : la prière  qui  n'est  pas  faite  au nom du Christ  devient  une « anti-prière  »,  elle devient  blas­

phème et péché : «    La prière qui  ne passe pas par le Christ, non  seulement  ne  peut  effacer  le  péché,  mais  elle  devient elle-même  péché  »  (108,  9).



Par jean - Publié dans : Doctrine - spiritualité
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 12:36
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